Le charme discret de l’intestin, de Giulia Enders

//Le charme discret de l’intestin, de Giulia Enders

Quand on ose parler d’intestin, c’est souvent pour s’en plaindre. Etiqueté « trouble fête digestif », il pourrait aussi être à l’origine de bien d’autres maux qui chagrinent notre société, tels que les allergies, le surpoids, le diabète ou encore la dépression. Dans « Le Charme discret de l’intestin », Giulia Enders, doctorante en médecine, nous invite à zigzaguer aux côtés d’un bout de gâteau. C’est avec beaucoup d’humour qu’elle nous guide au coeur de notre « deuxième cerveau » et nous prescrit, études à l’appui, une poignée de conseils alimentaires qui pourraient bien amener un peu de paix dans notre corps.

 

→ L’AUTEUR 

C’est à 17 ans que Giulia Enders, alors en proie à une sérieuse maladie de peau, fait le rapprochement entre son état de santé et celui de son intestin. Son corps une fois rétabli, elle poursuit ses recherches, réalisant que le savoir peut être une arme, et se lance dans des études de médecine, « fascinée par l’anus », comme elle le formulera sur la scène du Science Slam, à Francfort.

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C’est dans la salle du trône que l’auteur fait son entrée en matière et nous initie, je cite, « à l’art du bien chier ». Les quelques conseils prodigués, comme placer un tabouret bas sous ses pieds (pour rectifier l’angle…), feront sûrement sourire les uns et rougir les autres mais Giulia Enders insiste, le sujet aussi tabou qu’universel à son importance, surtout pour réduire les risques d’hémorroïdes et de diverticulite (maladie inflammatoire de l’intestin).

 

LE SACHIEZ-TU ?

Nous saluons nos collègues, nos voisins et gratifions même la boulangère d’un « comment allez-vous ? », mais connaissez-vous l’origine de l’expression ?

A la fin du Moyen-âge, « comment allez-vous à la selle ? » était une question systématiquement posée par le médecin, soucieux de connaître l’odeur, la couleur et la consistance des selles. Par sa réponse, le patient donnait de précieux renseignements au médecin qui pouvait alors envisager un remède.

 

Si la formule a perdu de sa poésie initiale, la question est toujours d’actualité dans les (bons) cabinets médicaux. En 1997, l’échelle de Bristol a d’ailleurs décrit et réparti l’aspect des selles humaines en sept catégories, mais je ne m’étendrais pas sur le sujet, tout est de toute façon répertorié dans le carnet scatologique que l’auteur a glissé dans ses pages.

L’intestin, deuxième cerveau ?

Après une visite guidée du tube digestif, de l’oesophage « pro du remue-ménage » au gros intestin dodu, Giulia Enders aborde son sujet fétiche : le deuxième cerveau, celui d’en bas donc. Et c’est ainsi que commence l’incroyable épopée du fameux morceau de gâteau, depuis l’instant où il nous fait saliver dans la vitrine de la boulangère (que l’on salue évidemment) à son irrémédiable plongée dans la cuvette immaculée. Oui mais voilà, il arrive parfois que tout ne se passe pas comme prévu… et que ça coince !

Comprendre les effets des laxatifs dans l'intestin

Vous arrive-t-il parfois d’avoir « l’estomac noué » ou « la peur au ventre » ? Ou peut-être vous faites-vous « de la bile » ? Et si on vous titille un peu trop, êtes-vous de ceux qui « ravalent leur colère » ? Stress, angoisse, culpabilité ou peur sont autant d’émotions qui influent sur la météo intestinale…

Dans les laboratoires, on a esquissé une carte pour comprendre quelle partie du cerveau répondait lorsqu’il recevait un signal lié à un sentiment. Et tout ça, grâce à l’intestin, organe sensoriel le plus étendu du corps, qui communique avec le cerveau via le nerf vague.

Pour clore le chapitre, l’auteur énumère résultats d’études et autres expériences, un peu fo-folles si vous voulez mon avis, toutes tissant des liens entre la tête et le ventre. Elle aborde aussi la question du « moi » et nous glisse quelques informations quant à l’endroit où il se forme. Au fait, saviez-vous que 95% de la sérotonine que l’on produit – l’hormone du bonheur – est fabriquée dans les cellules de l’intestin ?

La planète microbienne

La dernière partie du livre est consacrée à ces quelque 100 billions de bactéries qui s’affairent pour notre bien-être. Dans les pages qui suivent, Giulia Enders s’intéresse de près au système immunitaire, qui nous sauve la vie plusieurs fois par jour, et à la flore intestinale, que l’on construit à peine la poche des eaux percée et que l’allaitement renforce.

Autant vous prévenir, si le propos est vulgarisé, il n’en demeure pas moins assez spécifique. Parfois, on peine à peu à se frayer un chemin dans la jungle des micro-organismes mais la fin du chapitre mérite que l’on s’accroche jusqu’au bout !

L’ouvrage n’aurait pas été complet sans quelques conseils pour cajoler notre intestin malmené. L’idée : traquer parasites et mauvaises bactéries sans pour autant chasser celles qui nous veulent du bien.

 

« La propreté dans un intestin, c’est un peu comme la propreté dans une forêt. (…) Une forêt est considérée comme propre quand elle est équilibrée du point de vue des plantes utiles qui la peuplent. »

 

Pour ce faire, l’auteur préconise l’usage d’antibiotiques, de façon tout à fait modérée, pour ne pas bousiller modifier la flore intestinale. Sinon, il y a toujours les bonnes habitudes à suivre qui, en prévention, pourraient nous éviter d’y avoir recours : consommer de la viande bio, laver correctement les fruits et légumes avant de les préparer et ce, surtout si l’on est à l’étranger.

Après quelques lignes sur les alternatives naturelles aux antibiotiques, l’auteur enchaîne sur l’intérêt des probiotiques, que l’on ferait mieux de chercher ailleurs que dans les yaourts industriels, et les prébiotiques,  comprenez les aliments riches en fibres dont nos « bonnes » bactéries raffolent, tels que l’artichaut, les asperges, les endives, l’ail et l’oignon, le panais, le poireau…

comment fonctionne l'intestin ?

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J’ai acheté ce livre alors que je sortais d’un stage d’anatomie fonctionnelle. Dans un coin de ma tête, j’espérais secrètement que l’approche, plus digeste si j’ose dire, de Giulia Enders m’aiderait à mieux assimiler ce que j’avais appris lors de cette formation… C’est chose faite !

En bonus, j’ai fait le plein d’anecdotes qui, j’en suis certaine, sauront faire leur petit effet lorsque je les énoncerai… Vous en voulez un échantillon ?

Grâce à l’ouvrage « Le Charme discret de l’intestin », je sais désormais qu’en une heure, notre corps consomme autant d’énergie qu’une ampoule de 100 Watts, je peux expliquer pourquoi nous ne sommes pas allergiques aux lardons et comment l’hypnothérapie guérit le syndrome de l’intestin irritable, je sais également qu’allaiter son bébé, c’est limiter les risques d’intolérances au gluten ; qu’il peut y avoir un lien entre les vers et le ruban adhésif ; qu’un estomac qui gargouille, c’est signe qu’il profite (avec l’intestin) d’une pause entre deux repas pour faire le nettoyage… Et que Descartes aurait eu raison d’écrire « je ressens, de sorte que je pense, donc je suis ».

 

Le Charme discret de l’intestin, de Giulia Ender
Editions Acte Sud – 21,80 euros

2017-01-26T09:43:22+00:00 22 août 2016|0 commentaire

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