Vous êtes fous d’avaler ça !, de Christophe Brusset

//Vous êtes fous d’avaler ça !, de Christophe Brusset

La France est le seul pays dont la gastronomie figure, depuis 2010, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette distinction, décernée par un comité intergouvernemental de l’UNESCO, laisserait supposer que notre assiette, toute de fraîcheur composée, flatte de concert tous nos sens… Dans celle d’un consommateur averti, ou d’un chef étoilé, peut-être… mais si c’est en grandes surfaces que vous poussez votre Caddie pour préparer la vôtre, vous pouvez d’ores et déjà tirer un trait sur la qualité.

C’est ce que révèle le témoignage de Christophe Brusset, industriel de l’agro-alimentaire, dans son livre « Vous êtes fous d’avaler ça ! ». Matières premières frelatées, étiquettes mensongères, contrôles et règles d’hygiènes contournés… Pour faire baisser les prix des matières premières, tous les coups sont permis, bienvenue dans les coulisses de la grande distribution.

 

→ L’AUTEUR 

Depuis plus de 20 ans, Christophe Brunet, ingénieur de haut niveau devenu dirigeant, parcourt le monde. C’est pour le compte de PME ou de grands groupes, en France et à l’international, qu’il achète, vend et transforme des milliers de tonnes de marchandises venues d’ailleurs, recourant souvent parfois à des magouilles répandues dans le secteur. C’est suite au scandale de la viande de cheval, dans les lasagnes Findus, qu’il décide de tout raconter, espérant ainsi pousser les consommateurs à reprendre leur pouvoir.

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Les fraudes alimentaires, ça ne date pas d’hier

Le canasson que l’on prend pour un boeuf, ce n’est pas une nouveauté. Le premier esclandre du genre remonte en 2001, une sale histoire de raviolis Leader Price « à la viande de porc et au boeuf braisé » dont s’était emparé le magazine Capital. Les analyses avaient conclu que dedans, il n’y avait rien de plus qu’une carcasse de dinde, réduite en bouillie. L’affaire avait provoqué l’indignation générale et puis avec le temps, chacun avait retrouvé le chemin du supermarché, sans que les autorités n’aient pris la moindre mesure pour enrayer le phénomène.

Pour illustrer la tendance, voici une infographie qui devrait satisfaire votre curiosité.

Comprendre les scandales alimentaires

Dans cette course effrénée à la part de marché, le leitmotiv est le même pour tous : redoubler de créativité pour exploiter toutes les failles du système. Pour ce faire, les grands groupes encouragent leurs salariés à être malin, comprenez « faire du business dans la limite floue de la légalité ». Sans se faire démasquer, bien entendu…

Cuisiner est une affaire de chimie

Acheter à moindre coût requiert l’utilisation de la blouse blanche. En privilégiant la quantité, les industriels misent sur la technologie pour duper le consommateur. C’est le cas des fromages fondus, crèmes de fromage et autres spécialités fromagères qui ne contiennent pas une once de lait cru et que l’auteur décrit comme une « bouillie à la composition incertaine (…) bourrée d’additifs comme les sels de fonte ». Dans ces préparations, que l’on retrouve aussi dans les gratins, les raviolis les pizzas et bon nombre de plats préparés, les industriels n’hésitent pas à réutiliser des invendus et des lots défectueux… Et j’ose à peine écrire ce qu’ils incorporent dans les recettes de « sauce au bleu d’Auvergne » !

Valoriser des matières premières de mauvaise qualité n’est qu’une formalité. Pour apporter de la couleur ou du goût, conserver ou épaissir une confiture, éviter que ça ne mousse, que ça ne colle ou pour faire briller, croustiller ou gonfler, les industriels n’ont que l’embarras du choix parmi plus de 300 additifs autorisés en France. Toutes ces substances, dont certaines sont épinglées comme étant des perturbateurs endocriniens, se cachent derrière les fameux « E… » qui rallongent la liste des ingrédients. Et si toutefois l’étiquette n’en mentionnait aucun, soyez sûr que le produit en contient quand même, à plus ou moins faible dose, comme tous les produits de grandes surfaces. C’est ce que l’on appelle un « auxiliaire technologique » , une catégorie d’additifs qu’il n’est pas obligatoire de renseigner…

LE SACHIEZ-TU ?

Dans un croque-monsieur industriel,
le cocktail d’additifs qui le compose représente 5% de son poids

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C’est en injectant des solutions contenant des additifs en intramusculaires
qu’un jambon double de volume et donc gagne du poids

Je ne m’étendrai pas sur tout le processus qui suit, pour que le consommateur puisse déguster sa tranche carrée avec sa purée, mais voici le cocktail qu’il risque d’ingérer : polyphosphates, protéines de sang et gélifiants pour retenir l’eau, sucre, glutamates, arômes et fumée liquide pour le goût, ascorbate de sodium et sels nitratés pour la conservation…

C’est ce même « jambon » qui fourre les cordons bleus et ornent les pizzas surgelés. Je profite d’un détour au rayon surgelé pour vous dire que, selon Christophe Brusset, 100% des fruits et légumes congelés qu’il a fait analyser avant achat, contenaient des traces d’insecticides, de fongicides et autres herbicides… Avouez qu’il y a de quoi s’interroger sur le rôle de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire), sensée contrôler ce qui atterrit dans nos intestins…

Matières premières frelatées

En 2013, plus de 5 milliards d’euros de produits alimentaires, tout droit venus de Chine, ont été importés et distribués dans toute l’Europe. En Chine, la population ne s’étonne plus de voir éclater des scandales alimentaires aux quatre coins du pays. Le premier en date a marqué les esprits, en septembre 2008, avec l’affaire du lait contaminé à la mélanine, ou cyanuramide (un des principaux constituants du Formica), qui a engendré des milliers de malades et conduit plus de 52 000 enfants à l’hôpital… Difficile de confirmer les chiffres, que l’on estime bien en-deçà de la réalité, puisque la censure fait rage dans un contexte de mondialisation.

Avec un tel palmarès de scandales, pas moins d’une dizaine de 2008 à aujourd’hui, on pourrait imaginer décerner à la Chine la palme du fraudeur mais à ce jeu là, le seul perdant reste celui qui signe le chèque… ou qui fait ses courses au supermarché. C’est une question de point de vue.

Mais, n’ayez crainte, il n’existe aucun problème que les industriels ne puissent solutionner ! C’est ainsi que 80 tonnes de champignons bleus (bleu « Schtroumpf » même) ont été vendus en Hollande sous forme de beignets, que 100 tonnes de piments infestés de crottes de souris ont été commercialisés, une fois réduits en poudre, même chose pour des poireaux qu’ils ont reçus envahis de coccinelles, que 1000 tonnes de concentré marron de tomates pourries, livrés par erreur, ont finalement été acheminés jusqu’en Afrique…

Même refrain pour les aromates et toutes les épices vendues en poudre, dans lesquelles il n’est pas rare de trouver des mégots de cigarettes, des fientes d’oiseaux et autres déchets tout aussi peu ragoûtants.

Compositions mensongères

L’avantage lorsqu’un produit est broyé, c’est que l’on peut y glisser tout et surtout n’importe quoi, sans que ça ne se remarque. Alors, dans un flacon d’origan par exemple, les industriels remplacent l’herbe par une autre, bien moins chère, sans goût ni odeur, et complètent avec des feuilles d’olivier. Il en va de même pour le safran, remplacé par un vulgaire ersatz ou un mélange à base de brique pilée… C’est inévitable, surtout lorsque l’on apprend qu’il faut 200 000 fleurs pour réaliser 1 kilo d’épices !

LE SACHIEZ-TU ?

Chaque année, 500 000 Français souffrent d’une intoxication alimentaire, 15 000 d’entre eux sont hospitalisés et ce sont de 250 et à 700 personnes qui en succombent.

Evidemment, il existe des règles d’hygiène et des contrôles qui sanctionnent les pratiques malhonnêtes mais il est très facile de les contourner… J’aurais là encore des tas d’exemples à vous citer mais je vais me restreindre à un seul, et des plus significatifs :

L’auteur raconte qu’un jour, ils ont reçu 300 tonnes de thé de Chine que les services sanitaires avaient immobilisé suite à des analyses présentant un taux très élevé de pesticides. Quelques semaines plus tard, les stocks ont été écoulés comme si de rien n’était…

« L’information était remontée aux plus hautes instances des Etats et il avait été décidé qu’il était urgent… de ne rien faire. Surtout ne pas fâcher la Chine, pour qu’elle continue à nous acheter quelques avions et ne bloque pas le vin français, les voitures allemandes, ou l’édam de Hollande à ses frontières ».

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Voilà.

J’aurais aussi pu vous parler des hydrocarbures d’huiles minérales cancérigènes dans les emballages en carton recyclé, des haltes à Dubaï qui permettent aux industriels de maquiller l’origine de leurs marchandises, du sirop de glucose fructose qui favorise la production de ghréline (une hormone qui stimule l’appétit), de toutes les astuces pondues par les marketeux pour vous berner, des dates limites de consommation qui s’allongent au-delà du raisonnable, des pressions exercées par la grande distribution sur les indépendants pour les pousser à la faillite…

Mais je m’arrête là, pour ma propre santé mentale, parce que je pourrais recopier l’intégralité du livre pour que vous preniez conscience de la supercherie qui se joue, à l’échelle mondiale, pendant que l’on hésite entre deux sous produits pour dépenser le moins possible.

 

Vous êtes fous d’avaler ça ! de Christophe Brusset
Editions Flammarion – 19 euros

2017-01-26T09:49:32+00:00 28 août 2016|0 commentaire

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